Amani Itakuya #18: La paix…

La paix…

Soraya Aziz Souleymane

 

J’ai 32 ans et je me demande ce que ce mot signifie vraiment.

A 9 ans j’ai vu la paix se désintégrer sous mes yeux. Le Président Mobutu pleurait en direct à la télévision Nationale en décrétant le multipartisme au Zaïre. Ceci faisait suite à une série de manifestations (assez passionnées) organisées par Tshisekedi. A 13 ans je voyais le génocide Rwandais prendre place d’abord au Rwanda, ensuite au Congo, les FDLR, la guerre de l’AFDL, les vagues successives RCD, CNDP, M23, sans compter tout les opportunistes (Mudundu 40, groupes Mai Mai, les bandits à mains armées, les FARDC, la PNC, l’ANR… ). Je me demande si j’ai déjà vraiment expérimentée la paix au Sud-Kivu.

Si moi, vivant en milieu urbain ai des doutes, que dire de mes sœurs et frères en milieu rural? Si moi à mon âge n’ai qu’un vague souvenir, quels sont les souvenirs de la génération après moi? Quelle paix pour ma fille Latifah qui n’a que 8 ans? A quelle paix aspirons-nous si nous ne l’avons jamais expérimentée? Pourrons-nous jamais reconstruire un Congo en paix?

Ma réponse, sans hésitation, est oui. Même sans jamais l’avoir connue, tout humain est capable de reconnaitre la paix, la vraie paix, quand elle arrive. Bien que la paix ne soit pas seulement l’absence de conflit armé, elle commence par là. Les armes doivent se taire. Et pour que les armes se taisent nous devons parler plus fort qu’elles. La prolifération des initiatives nationales et internationales en faveur de la paix, unies entre elles par divers moyens technologiques, la détermination de mes compatriotes au Congo et dans la diaspora à dénoncer les affres de la guerre et les sanctions internationales qui s’en suivent sont autant de signes encourageant.

Les défis existent et nous devons les identifier et les surmonter ensemble. J’entend souvent parler du « manque de volonté politique » mais ceci est un faut prétexte. Ce manque de volonté se traduit autrement par « ce n’est pas une priorité pour le moment ». Ceci ne veut pas dire que les politiciens n’ont pas les ressources, ca veut simplement dire que ces ressources sont utilisées à d’autres fins. Nous devons donc leur dire, les instruire, les ordonner, d’utiliser nos ressources pour nos priorités a nous, pas les leurs. Ces politiciens sont nos employés. Nous devons les amener à surmonter les défis qui nous séparent d’un Congo en paix.

Le premier obstacle réel est le manque d’une armée qui jouerait un rôle dissuasif. Une armée qui ne joue que son rôle défensif expose la population. Il faut donc reformer l’armée. Pour que ceci devienne une réalité il faut des ressources. Nous devons donc pousser dans ce sens et nous assurer que nos parlementaires n’adoptent plus aucun budget qui n’aurait pas cet objectif en priorité. Nous devons aussi converger ; les efforts des « partenaires » internationaux dans ce sens. Pas ver une brigade paternaliste ou une mission Onusienne inefficace dans le domaine de la défense. Non! Une armée Congolaise digne de ce nom, qui ferait réfléchir deux fois tout aspirant rebelle.

Le deuxième obstacle est la xénophobie qui nous distrait. Je sais que nous aspirons tous à un Congo stable et prospère qui profiterais d’abord aux congolais mais aussi a l’ensemble de la sous région. Toute personne qui partage cet avis devrait être inclus dans les efforts de restauration de la paix. C’est aussi simple que ça. Certains de nos voisins sont si négativement impliqués dans le conflit qu’il serait utopique de penser pouvoir traiter avec eux avant qu’ils ne reconnaissent leur tors et ne se comportent mieux, mais nous avons 9 voisins et sur les 9 seulement deux sont encore activement impliqués dans le conflit. Le Congo, surtout la partie est, est complètement bloquée (landlocked) et nous dépendons de nos voisins pour accéder aux ports internationaux et assurer notre survie. Pourquoi ne pas considérer nos « bons voisins » et commencer par la?

Le troisième obstacle est le manque d’une diplomatie continué et cohérente. Nous devons toutes et nous nous montrer ambassadeurs du Congo, partout ou nous nous trouvons, et parler du problème congolais aux personnes qui peuvent influencer la situation pour le mieux. Il ne suffit pas de condamner les US et UK pour leur soutien au Rwanda, il faut contacter les Rwandais qui déjà dénoncent leur gouvernement et s’allier avec eux. Il faut contacter les Américains et les Anglais qui dénoncent leurs gouvernements et s’allier avec eux. Il faut aussi, en interne, dénoncer les Congolais qui participent a la guerre par leurs activités politiques, économiques, militaires, diplomatiques ou propagandistes.

Enfin le dernier obstacle à surmonter c’est la pauvreté. Elle nous déshabille de notre dignité et nous pousse à des extrêmes. Nous vendons nos vies, notre futur et notre paix pour des cacahuètes. Nous devons des maintenant penser à des alternatives économiques plus grandes que l’artisanat minier ou la carrière militaire véreuse. Nous devons penser en termes d’industries et de manufactures. Nous devons nous éduquer dans ce sens et commencer des maintenant à forger des partenariats utiles. Je ne pense pas que le Congo se développera par des ONG. Celles-ci se focalisent sur les victimes, les sinistrés et les marginalisés. Bien que ceux-ci méritent toute l’attention qu’ils ont, ils ne représentent pas le Congo. Nous sommes des femmes et des hommes forts, habiles, instruits, entreprenants et optimistes. C’est ca l’image du Congo que nous dévons promouvoir, et nous devons travailler dur pour que nous puissions aider nos compatriotes nous mêmes, à travers des mécanismes internes.

Amani Itakuya, la paix viendra, mais nous devons aller la chercher. Nous dévons nous préparer à l’accueillir. La paix ne viendra que si nous créons nous mêmes les conditions propices du retour à la paix. Amani Itakuya, niko na imani. (Peace will come, I believe)

 

Soraya Aziz Souleymane est une spécialiste du développement œuvrant dans la mitigation de l’impact social de projets industriels à grande échelle. Elle était Miss Leadership RDC 2011 et 2012.

Comments
One Response to “Amani Itakuya #18: La paix…”
  1. Wilfred Hamisi says:

    Etant né et grandi dans la région, je me reconnais parfaitement dans ton experience.
    Je me poses les mêmes questions quant au sens de la paix nous si tant préché de toute part.
    J’y crois moi à la paix individuelle qui est dans le moi de chaque congolaise et congolais, mais je doutes sérieusement d’une paix collective dans mon pays.
    L’ossature de l’economie internationale et le déséquilibre qui la caractérise rend la PAIX difficle à accomplir dans les pays qui constituent les terrains de chasse aux gibiers des capitaux pour les grandes corporations/entreprises multinationales qui dictent la politique des puissances politiques mondiales.
    La RDC constitue un vaste terrain de chasse pour ces organisations “criminels”. Et nous, peuples des régions qui concervent tant de possibilités pour ces “chasseurs non-conventionnels”avons toujours été à la merci de ces structures. Ceci a commencé depuis avant l’ère coloniale et continue sous multiple formes.
    Cependant, perdre tout espoir de PAIX serait suicidaire pour nous. Nous avons besoin des dirigeants à même de tirer l’épingle de ce jeux monstrueux de recherche des capitaux pour l’intérêt plutôt national que personnel, et procurer le mieux être aux populations. Ainsi, chez nous, la Paix tant voulu par TOUS devra être la resultante du MIEUX ETRE collectif. Le MIEUX ETRE est un TOUT qui s’accompli par l’accès aux droits élémentaires: l’alimentation, les soins de santé, l’education,…

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