Guest blog: L’or contesté de Mukungwe – minerais de paix ou de conflit

L’or contesté de Mukungwe – minerais de paix ou de conflit

Vianney Cubaka Muderhwa

A l’est de la République démocratique du Congo (RDC), une majorité des sites miniers artisanaux sont qualifiés « rouges ». Dans ces sites, l’exploitation minière est liée à certains problèmes, tels que des dégâts humains et matériels suite à l’exploitation artisanale et ses conséquences. Pourtant, ces mines sont parmi les ressources qui contribuent plus à l’évolution du pays, même si les minerais ne sont pas tracés correctement. Dans ce contexte, les sites rouges sont des sites miniers où des enfants mineurs et des femmes participent dans l’exploitation. Dans cette contribution, nous nous intéressons à la situation actuelle du site de Mukungwe et sa contribution à l’économie locale en province du Sud–Kivu. Nous allons focaliser l’analyse sur l’intervention de certains acteurs clés, dont leur l’implication met en péril les contributions positives du site et ne fait qu’amplifier des conflits existants.

Le site minier de Mukungwe se trouve au Sud–Kivu en territoire de Walungu, groupement de Mushinga. Depuis une décennie ce site connait un conflit foncier entre trois familles se disputant une colline suite à l’apparition des minerais. Des morts et blessés se sont déjà observés dans le site de tous les côtés. Mukungwe se trouve dans le périmètre d’exploitation concédé à la société BANRO par le gouvernement congolais mais qui a du mal à s’investir dans le site suite aux conflits fonciers qui encadrent les gisements d’or de la zone. Actuellement le site se trouve entre les mains de la famille Rubango, famille en conflit avec les Kurhengamuzimu (propriétaire foncier) et les Chunu. Ces trois familles se disputent le site qui jadis aurait été donné à Kurhangamuzimu par son père le Mwami Ndatabayi qui l’a offert à son beau-frère Chunu et qui y construisit mais à son tour l’a fait gérer par son neuve Rubango mais après Kurhangamuzimu s’est retourné contre son beau-frère Chunu suite à l’apparition de l’or dans la concession en disant « je t’avais donné le sol mais pas le sous-sol » et c’est par là que commencent les conflits. Selon l’histoire ces trois familles ont toutes un lien familial qui les unit l’une avec l’autre – mais cela n’a pas empêché de nombreux conflits : aujourd’hui les familles Kurhengamuzimu et Chunu sont réconciliées, tandis que la famille Rubango persiste dans le conflit pour plus profiter du site dans l’exploitation artisanale, tandis que les deux autres familles militent pour l’exploitation industrielle par BANRO. Cependant, le gouvernement congolais ne semble maitriser la compétition violente entre les familles Rubango, Kurhengamuzimu et Chunu. Cela ouvre une brèche aux questions suivantes : A qui appartient le site de Mukungwe ? Qui gère le site ? Depuis quand les sites miniers ne sont plus validés par le gouvernement ?

Selon les données qualitatives recueillies à travers d’une série d’entretiens, nous comprenons que le site de Mukungwe est délaissé par un gouvernement défaillant à ses responsabilités. Le site est qualifié rouge aujourd’hui, se trouvant dans les mains d’une personne soutenue par des acteurs politiques. Récemment, la mort d’Alexis Rubango,fils du père Rubangoen 2017abattu par des inconnus à Bukavu, capitale du Sud-Kivu.Trois ans auparavant, le Pasteur Kurhengamuzimu, une personnalité bien aimée dans la contrée, a trouvé la mort lui aussi.Un membre de la famille de Kurhengamuzimu témoigne d’une peur générale qui y règne :

Nous sommes terrifiés par les morts dans ce site minier. Personne n’a la garantie de vivre avec tous ce qui se voit dans ce site, on dort sans s’attendre au réveil car n’importe quand on peut être attaqué par les « Matonge » groupe de gens se liant derrière le détenteur du site qui attaque avec des armes blanches.

Selonla population de Mukungwe, c’est vers les années 1970 qu’une découverte change la vie du village. Une vache en train de brouter sur un pâturage trébuche et glisse. Dans une motte de terre soulevée, une pépite du métal jaune apparaît. C’était le début de la convoitise. L’autorité coutumière rappellera qu’elle n’a cédé que la surface et non le sous-sol. Par conséquent l’or lui revient. La famille Chunu ne l’entend pas de cette oreille. La compétition commence et le chef du clan Chunu se fait accompagner par Rubango, chef d’une des autres deux familles influentes.Confronté aux conflits locaux, BANRO aura du mal à commencer la phase exploratoire en 2013 suite à une révolte de la population poussée par la famille Rubango (détentrice de facto du site) qui prétendait défendre les droits et les intérêts de la population locale. Cette révolte profitait de la façon dont BANRO a géré Luhwinja, groupement voisin de Mukungwe, où les activités de la multinationale canadienne ont connu une forte opposition. Néanmoins, les deux autres familles semblent être d’accord avec l’arrivée de BANRO.Aujourd’hui les détenteurs du site n’autorisent aucun membre des autres familles. Le conflit persiste et la population elle-même est chargée de la sécurité, elle identifie ceux qui entrent et sortent du site.

Bien que, selon la Constitution de la RDC, le sol et le sous-sol appartiennent à l’Etat, il semble que Mukungwe ne fait pas partie des concessions de l’Etat congolais car aucun service de l’Etat n’est visible dans ce site, appart certains militaires est policiers qui travaillent pour le compte du chef de colline Rubango. Effectivement, Rubango détient l’autorité sur le site, l’administration minière semblant incapable de prendre des dispositions pour rendre ce site un site comme les autres et le valider. Le site de Mukungwe est dirigé par la famille Rubango sans intervention de l’Etat congolais, mais avec des acteurs étatiques visibles autour du site à travers leurs uniformes, malgré que leur loyauté primaire s’adresserait envers la famille Rubonga.

La population de Mukungwe, bien qu’elle se trouve proche des gisements d’or dans son milieu, est une population qui souffre de malnutrition et manque d’éducation : les enfants de Mukungwe n’accèdent pas à l’éducation facilement. La plupart d’eux travaillent dans les mines car leurs parents selon n’ont pas quoi leurs payés les études. Des enfants de moins 5 ans souffrent de la malnutrition. Les infrastructures routières à Mukungwe sont insuffisantes, autant que les écoles et les centres de santés. La population vit dans une misère. Au même temps, le refus de BANRO se maintient. Lors de nos recherches à Mukungwe nous avons remarqué que la famille Rubango, qui détient le site et le titre foncier, n’a même pas une maison en ville de Bukavu. Les habitants de Mukungwe pensent que la plupart de l’argent venant de l’or de Mukungwe s’évaporait afin de rallier les élites provinciales dans le conflit interfamilial.

En conclusion, l’histoire de l’exploitation de l’or de Mukungwe – bien qu’il ne représente pas le cliché des « minerais de sang » est un facteur clé dans la persistance de conflits locaux. Depuis des décennies, un conflit d’accès non-résolu par l’état a pu se développer entre des familles puissantes du milieu, chacune ralliant une partie de la population locale et des élites provinciales. Comme d’autres carrés miniers du Sud-Kivu, celui de Mukungwe ne jouit pas d’une présence permanente et officielle des institutions censés d’encadrer un site minier (représentant du ministère provincial, SAEMAPE, PMH etc.). Entre temps, les recettes et entrées de la production sont négociés entre les détenteurs de fait et ceux qui leurs soutiennent à maintenir ce statut.

Vianney Cubaka Muderhwa est chercheur au Groupe d’Etudes sur les Conflits et la Sécurité Humaine (GEC–SH) du CERUKI/ISP-Bukavu.

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