AIII #7: Un nouveau type de développement local pour un approfondissement des institutions démocratiques en RD Congo

Un nouveau type de développement local pour un approfondissement des institutions démocratiques en RD Congo

(photo par l’auteur)

Prosper Hamuli Birali

Dès la première quinzaine de cette année 2015, le gouvernement national annonce une activité qui va dans le sens de son discours dominant. Selon la Radio onusienne OKAPI «Une conférence sur la croissance économique en RDC se déroule du 8 au 9 janvier à Kinshasa. Les participants à ce forum, une vingtaine, réfléchissent sur les moyens de faire en sorte que les retombées de cette croissance, réalisée en 2014, puisse profiter à la population congolaise. La RDC a réalisé un taux de croissance de près de 9% en 2014 et un taux d’inflation de 1 %; ce qui est une performance exceptionnelle depuis près de 40 ans. ‘Cette création des richesses à des taux très élevés peut être partagée et profiter à l’ensemble de la population dans le domaine de l’éducation, dans le domaine de la santé, dans le domaine de l’agriculture, dans le domaine du développement routier, du développement de la communication’, a indiqué le Premier ministre. »

Or, dans le quotidien des populations, la morosité et la réserve inhabituelles qui se sont observés le jour de l’an au Sud-Kivu, montrent que le contexte socio sécuritaire lourd au pays est à la base de la dégradation des conditions de vie des habitants dont la paupérisation s’accélère. En effet, au lieu de manifester sa joie d’arriver à la fin de l’année, la population s’est comportée comme si elle obéissait à une consigne de passer le jour de la « bonana » dans la méditation. Ce jour-là, la police et les structures sanitaires n’ont enregistré aucun cas d’ivresse publique, de bagarre, d’accident ou de fait nécessitant leur intervention. Les commerçants, toutes catégories confondues, n’ont pas réalisé un chiffre d’affaire différent des jours ordinaires ; ce qui a augmenté le stock d’invendus. Quand on sait que c’est la même situation à Bunia en Province Orientale, à Beni et à Goma au Nord-Kivu ou à Kalemie au Katanga, la question de la mobilisation pour une autonomie dans les décisions d’une population fragilisée à ce point se pose avec acuité.

A Kinshasa, pour bien apprendre les stratégies à mener dans la bonne gouvernance, le gouvernement congolais a fait un appel à une vingtaine d’éminents professeurs issus des universités américaines ainsi que des institutions internationales. L’agence Xinhua fait remarquer que : « Pour le ministre des PME et Classe Moyenne, BohongoNkoy, ‘on ne peut pas parler de la croissance économique inclusive sans faire intervenir les PME et la classe moyenne qui constituent la base de l’exclusivité ‘ »

Une telle initiative est vouée à l’échec si elle ne débouche par sur la création d’un cadre favorisant l’éclosion d’initiatives locales qui soutiennent le développement du milieu de vie de ceux qui devraient sentir dans leur quotidien les bienfaits de la stabilité macro économique tant vantée par les dirigeants au niveau national. En effet, depuis deux ou trois ans, la partie nord de la Province du Sud-Kivu (Minova, Butumba, Makelele, Mukwija, …) voit atterrir sur le marché de Londres son café bio sans que les paysans ne sachent vivre de leur savoir-faire. Or, ces paysans ont du tout seuls réveiller cette culture suite à l’extermination de leurs bananerais multi séculaires décimées par le « wilt » bactérien et leurs plantations de manioc victimes de la mosaïque. De ce fait, leur zone géographique pourrait utilement bénéficier du soutien à l’ensemble des mutations positives auxquelles fait référence le développement économique et social dont devrait se féliciter le gouvernement au lieu de mettre en avant les chiffres de la croissance économique qui est habituellement nécessaire ou consécutive au développement dont elle n’est qu’un aspect. En effet, l’indice de développement humain, qui prend en compte entre autres les droits économiques et sociaux permet de voir la différence entre le bien-être social qui intéresse la population et la production économique mise en avant par l’Exécutif National pour son bilan.

Un espace d’échange entre gouvernants et gouvernés existe-t-il pour que les populations aient voix au chapitre s’agissant de la transformation des réalités locales ? Cela devrait être l’enjeu majeur sur lequel déboucheraient les élections locales dont on parle tant ces derniers temps au pays. En effet, le choix de promouvoir un développement local par le biais de programmes produisant une dualité dans les zones pourvues d’unités modernes de production comme les entreprises d’exploitation artisanale des minerais, dits « minings » au Katanga, le parc agro industriel de Bukangalonzo ou les sociétés aurifères, a créé des îlots exportateurs de modernité dans des océans de pauvreté. C’est pourtant cela qui a accru les indicateurs d’activités économiques tout en entrainant une croissance locale sans développement humain bien qu’avec un enrichissement scandaleux d’une infime minorité d’hommes impliqués dans les affaires.

C’est donc ce type de développement local qui est responsable de la détérioration des conditions de vie de la majorité de la population locale et qui a vu la neutralisation de sa participation aux processus de prise des décisions locales du fait que le pouvoir public est aux mains de groupes qui exercent, sans aucune restriction, leur impact sur la société et sur l’environnement.

Par contre, un secteur qui serait enraciné ou étroitement lié au développement général de la société locale, pourrait contribuer à l’amélioration de la qualité de vie de la société locale et à la stabilité d’une démocratie qui ne peut advenir qu’avec la pleine participation de la majorité de la population comme protagoniste dans le cadre du développement local. Dans ce sens, la création d’un système d’économie populaire locale peut contribuer à former de nouveaux sujets politiques, représentants autonomes des intérêts de la majorité, comme condition favorable à l’approfondissement des institutions démocratiques.

Prosper Hamuli Birali est Chercheur en Organisation des Communautés.

 

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