AIII #19: Après 10 ans d’exile, Sadiki retrouve sa famille

Après 10 ans d’exile, Sadiki retrouve sa famille

(photo par l’auteur)

Ley Uwera

La guerre et les conditions de vie extrêmement difficiles poussent des milliers de familles congolaises à fuir en République démocratique du Congo (RDC).

Sadiki a 7 ans lorsque la guerre déclenchée par les rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) touche son village du Nord-Kivu. Nous sommes en 2004. Ce nouveau conflit le contraint à se séparer de sa famille dans la foulée de mouvements de populations. Comme par hasard, sur son chemin il fait la connaissance d’un homme qui deviendra son compagnon de route. Il s’agit d’un militaire de l’armée congolaise qui assurera sa protection, dit-il. Ils font une partie du chemin ensemble.

Arrivé en Ouganda, de l’autre côté de la frontière, Sadiki est repéré par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). L’agence onusienne lui offre un abri dans un camp de réfugiés à Rwamanja, non loin de la frontière congolaise. Il sera ensuite transféré au Comité international de la Croix Rouge  avant d’être rapatrié en RDC où le CICR organise, en collaboration avec des volontaires, des programmes pour aider les membres des familles séparées à rétablir le contact.

Les nouvelles peu rassurantes

Sadiki sera emmené dans le territoire de Masisi, dans la petite localité de Mihanja, un site de transit de déplacés et réfugiés qui retournent dans leur milieu d’origine.  Une première tentative de réunification a été organisée par  le CICR l’année dernière. Sans succès. Il n’aura pas la chance de retrouver les siens, alors qu’il y croyait fermement.

Sadiki ne perd pas espoir pour autant. Quand nous sommes arrivés sur place, il attendait calmement après cette tentative infructueuse. C’est dans un centre de réinsertion et d’encadrement pour  jeunes désœuvrés que nous avons  rencontré Sadiki. Sous un soleil de plomb, il attendait toujours de revoir sa mère dont il n’avait plus de nouvelles depuis plus de 10 ans.

De loin, nous pouvions voir un véhicule du CICR s’approcher. A bord, il y avait la mère de Sadiki. Elle n’a pas eu de mal à reconnaître son fils qui avait disparu une dizaine d’années auparavant. Emouvantes retrouvailles. Visiblement sous le coup de l’émotion, après de longues années de séparation, Sadiki et sa mère ont passé quelques instants dans le jardin pour échanger et se remémorer de vieux souvenirs.

Le jeune homme devra toutefois attendre la conclusion de toutes les procédures pour retrouver enfin sa grande famille dans le Masisi. Sadiki est l’un des nombreux jeunes à avoir acquis le statut de réfugié après avoir fui les barbaries dans l’est de la République démocratique du Congo. Selon Gaya Valleci, un délégué qui travaille pour le service du CICR chargé de ce qu’on appelle le rétablissement des liens familiaux (RLF), 168 enfants réfugiés non accompagnés originaires de RD Congo ont retrouvé leurs familles ces derniers temps.

Cela fait six mois que Sadiki apprend une panoplie de petits métiers au centre  Don Bosco. Il a d’ores et déjà choisi sa filière : la mécanique.  Il compte ainsi devenir chauffeur de taxi pour joindre les deux bouts dans les jours à venir, sans compter sur une hypothétique aide de tiers.

Par ailleurs, Sadiki est passionné de musique. Il fait du rap avec certains jeunes aux parcours similaires qu’il a rencontrés dans le centre. Aujourd’hui la paix se construit et beaucoup des familles séparées regagnent leurs villages.

Ley Uwera est une journaliste et photographe congolaise basée à Goma en RD Congo.

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