AIII #23: Nord Kivu : Par un dialogue franc, la paix est possible à Pinga

Nord Kivu : Par un dialogue franc, la paix est possible à Pinga

Cosmas Mungazi

Par manque d’un médiateur neutre, les conflits ont persisté dans la zone de Pinga. Des ressortissants de cette cité ont été réunis à Goma par une organisation internationale pour la recherche d’une paix durable. Heureusement un acte de cessation des hostilités a été signé. Pinga est une agglomération qui se trouve à cheval des territoires de Masisi et Walikale à plus de 150 kilomètres à l’Ouest de Goma, capitale de la province du Nord Kivu, Est de la RD Congo.

Naturellement traversée par une rivière, elle héberge d’un coté, à majorité le peuple Hunde et de l’autre, les Nyanga. Ces deux peuples ont vécu pendant presqu’une décennie dans un état d’inimitié sans précédant. Un Nyanga ne pouvait pas traverser le pont N’kasa de peur d’être tué par les Hunde et vice versa[1].

Grace à l’implication de certaines ONG dans la pacification de la zone, les résultats de rapprochement sont spectaculaires sur le terrain, raconte Rubin Muhima, coordinateur de Save Communities in Conflicts, qui travaille dans la recherche de la paix. Ce dernier n’oubliera pas selon lui, le chef de groupement Katanga qui a appelé toutes les populations de Pinga à se partager un verre après une rencontre organisée par Search for Common Ground dans l’Eglise CEPAC. Pour lui, autre résultat inoubliable que l’on donne à l’actif de cette organisation internationale « c’est le mariage de trois filles Nyanga qui ont été épousées à Kailenge par trois garçons Hunde, leurs anciens ennemis[2]. »

Pour renforcer la cohabitation et la recherche de la paix pour la zone, les notables de ces deux peuples et leur diaspora se sont retrouvés pendant trois jours pour un dialogue social organisé en février 2014 dans un hôtel de Goma, où un acte d’engagement pour la paix a été signé.

Plusieurs actions sur terrain

Pour unir ces deux peuples, l’espoir de paix a commencé par l’organisation d’un match de football entre les jeunes des tribus protagonistes. Cependant, Search for Common Ground, pour ne pas aller seul au front de négociation, a accepté de former d’autres organisations internationales comme nationales, pour qu’elles s’impliquent effectivement à pacifier la région.

Plusieurs thèmes ont été proposés, les tous convergeaient sur la paix et à la cohabitation pacifique dans le territoire de Pinga.

C’est ainsi après Search for Common Grounds, Baraza Lawazee en collaboration avec la MONUSCO a organisé le 07 avril, un autre dialogue de deux jours, dans le même hôtel à Goma, pour voir les impacts du premier dialogue social de février dernier.

Cette dernière journée était articulée en plusieurs exposés dont on peut citer : « les conflits, leur impact et pistes de solution à Pinga, les projets prioritaires des communautés pour le développement, la cohabitation à Pinga et ses environs, et le développement socio économique à Pinga[3].

Dans toutes ces rencontres, les participants sont venus de tout bord, mais on pouvait reconnaitre dans leur présentation, les députés,les notables Walikale et Masisi, deux territoires autres fois en conflits, les chefs coutumiers de Masisi et de Walikale. Tous dans l’unanimité disent, oui pour la paix à Pinga.

Me Fataki Luhindi, président de Baraza Lawazee reconnait toutes les organisations qui interviennent dans la résolution des conflits à Pinga, mais ce dernier met l’accent  surtout sur Search For Common Grounds, pour lui, « Search est le précurseur de la paix de Pinga. »

Pour Daniel Ruez, chef de bureau de la MONUSCO, attire l’attention des participants sur les tireurs des ficelles qui attisent les conflits partout au monde. Pour lui, ce sont eux qui profitent des conflits. Dans ce cadre, pour qu’il ait effectivement la paix à Pinga, Daniel Ruez rappelle que, « les protagonistes se demandent effectivement pardon ».

Pour arriver à cette cohésion entre ces deux peuples, quatre meetings populaires pour la paix ont été organisés à l’intention des notables de ce coin. Ces derniers ont pris cette initiative comme une première opportunité pour la paix et le changement dans Pinga. Même les journalistes locaux qui ne cessaient d’attiser le feu par leurs informations penchées, ont été formés pour lutter contre la rumeur au micro, parmi les grandes sources des conflits dans la zone.

La société civile de Masisi se réjouit de cette action et pense que, « cette rencontre de Goma a réussi parce qu’elle a réuni les populations locales et la diaspora de ce coin, qui, malheureusement, était accusée d’influer sur les conflits dans leur milieu d’origine ».

La cause de la division

Pour rappel, la principale cause de leur différent était la d’un chef coutumier Nyanga (mwami de Mutongo), tué en 1994 par Munganga Mandimu, un jeune Hunde du village Washi.[4] Cet acte n’avait pas enchanté ses propres frères qui avaient condamné l’acte. De cette manière, avec une croix sur la tète, Munganga sera amené dans le village Kantchu, coté Hunde, où il sera jugé publiquement par les notables de sa communauté.

D’abord repoussé dans son territoire natal, entre Masisi et Walikale, il sera livré aux mains des Nyanga, pour face de lui ce qu’ils pouvaient. Ces derniers au lieu de le juger, l’ont cruellement tué et mangé sa chère, confirme le président de la société civile de Masisi dans le dialogue social[5].

Avant d’être tué selon la même source, Munganga a laissé une parole prophétique : « même si vous me livrez pour être tué, la situation va plutôt s’empirer. Car c’est un Nyanga qui m’a envoyé de tuer le Mwami en me donnant un flacon d’or[6] ».

Dans cette colère, les Nyanga se sont pris à tous les hunde qui étaient dans leur territoire. Voulant réagir, les jeunes Hunde ont été interdits par les notables de leur communauté qui leur disaient qu’ils étaient frères. Heureusement pour la réussite de ces assises, les participants à ce dialogue, se sont donné l’ordre de ne pas même prononcer cette cause, de peur de réveiller le vieux et mauvais souvenir

Eviter les divisions

L’objectif principal de ce dialogue selon l’organisateur, était de rapprocher ces peuples et pourtant divisés pendant plus d’une décennie.

Avant cela, Pinga a été à sang et à feu suite aux exactions des groupes armés tribalo-ethniques contre les populations civiles. Les Hunde étaient derrière un groupe armé dirigé par leur frère, APCLS de Janvier Kalahiri, tandis que, les Nyanga soutenaient Nduma défense of Congo de Ntabo Tabora Tcheka. Ces deux peuples se sont divisés de cette manière pour le contrôle de Pinga et ses environs et pourtant, l’ancien carrefour des territoires de Masisi et Walikale.

Dans une ambiance de fraternité l’acte d’engagement pour la paix a été signé, après plusieurs exercices de cohabitation. Selon le représentant de l’autorité provinciale dans ces assises, « la signature de cet acte d’engagement pour la paix est considérée comme un acte de rapprochement communautaire dans la zone de Pinga ».

Rubens Muhima juriste de formation, reste convaincu que, sans l’implication des organisations internationales, « la paix était loin d’être retrouvée dans ce coin. Car les populations n’avaient pas confiance aux médiateurs nationaux qui prenaient souvent la couleur de leurs ethnies en conflits[7].

 

Cosmas Mungazi est journaliste congolais oeuvrant dans l’est du pays.

 

_____________________

[1] Propos de Search for Common grounds, motivation du dialogue social, tenu à Goma, février, 2014.

[2] Rubin Muhima, coordonateur de Save communautys in conflicts, membre actif du dialogue.

[3] Baraza la Wazee, dialogue social sur Pinga, Goma, avril 2015.

[4] Président de la société civile de Masisi, dialogue février 2014.

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] Op cit.

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