Guest blog: Les dynamiques conflictuelles entre pêcheurs et polices maritimes sur le Lac Kivu

Cohésion ou tension ? Les dynamiques conflictuelles entre pêcheurs et polices maritimes sur le Lac Kivu

Josaphat Musamba Bussy

 

A quel état appartient le Lac Kivu effectivement ? Depuis quelques années, les pêcheurs de  la ville de Bukavu, le centre de Birava, de Ishungu assistent impuissants à des actes d’arrestation, des cas d’expropriation des filets, d’interdiction des pêches s’ils ont dépassé les limites frontalières voire des actes de limitation des marchandises ou des passages une fois les « boats » (pirogues motorisées ou les pirogues en bois) Congolais voguent sur les eaux du Rwanda. Le problème se pose au niveau des outils de pêches dans les lacs Kivu car des pêcheurs se voient maltraiter par les policiers marins rwandais parfois des policiers de frontières Congolais aussi arrêteraient des pêcheurs Rwandais. Ce blog aborde les questions des conflits entre les pêcheurs d’une part congolais et Rwandais et de l’autre part, les conflits entre les services des surveillances des limites lacustres Rwandais et les pêcheurs congolais de même que les services des surveillances des limites Congolais avec les pêcheurs Rwandais. Il aborde aussi les questions de « frontière-espace d’échange »[1]de communication, les questions de la souveraineté selon les conventions des Montego Bay[2]sur la gestion des espaces maritimes dont les états sont côtiers et la nécessité des fructifier les commerces entre deux peuples jadis unis mais divisés avec la création des frontières enfin une nécessité de faire une pêche de cohésion et non de tension. Le Lac Kivu est attaché à deux états, le Rwanda et la RDC, mais les géographes congolais ou africains se sont empressé à endormir tout une génération en disant que le Lac Kivu est la seule propriété congolaise alors que certains pêcheurs congolais, des commerçants ont des soucis à pouvoir circuler comme si ces zones leurs appartenaient. Ils se sont trompés car cet espace maritime appartient à la fois au Rwanda et à la RDC et dont les problèmes devraient trouver des solutions communes. Le lac Kivu appartient aux deux Etats dont leurs souverainetés s’étendent sur les deux espaces maritimes qui sous-tendent leurs états ce que les pêcheurs des deux pays devraient comprendre.

 

Le problème des filets maillants ou « filets Kaningini »[3]

Le nœud des conflits, des arrestations de pêcheurs congolais par les services de police marine rwandaise sont de deux ordres : d’un côté on leur reproche de traverser l’espace maritime Rwandais sans autorisation et de l’autre côté les filets utilisés ne sont pas en vigueur au Rwanda. La seule option c’est de les ravir ; ces filets « Kaningini » ou filets maillants disposent des petits trous et qui pêchent de nombreux poissons. Le filet, en soit n’est pas interdit en RDC et les Rwandais ne sont pas favorables en cela. Du coup, ils arrêtent les pêcheurs et ravissent les filets. Un débat est resté pendant parce que on ne parvient pas prouver que ces filets ne sont pas adaptés. Parfois ces filets sont volés du cotés Rwandais par des pêcheurs Rwandais d’ailleurs. Ces filets ne sont pas les bienvenus au Rwanda car selon les règlementations en matière de pêche dans ce pays, il ne faut pas utiliser des filets aux petits trous car ils pêchent des petits poissons et le Rwanda tient à conserver faune aquatique en termes de la reproduction des petits Sambaza même si le projet de filets étaient aussi mis en place à Kibuye et ce sont les mêmes filets qui étaient utilisés.

 

Une nécessité d’harmoniser les normes de circulation et de pêche sur le Lac Kivu ?

Les normes de navigation sur le lac Kivu sont différentes selon les deux espaces et doivent être harmoniser de manière pacifique. S’agissant des obligations de navigation, il se pose qu’en RDC les régulations sont là mais parfois ne sont pas suivis et dans un autre Etat les normes sont suivies et parfois sont respectée. Les normes de Droit de la Mer (respect des zones économiques exclusives des états, la haute-mer, etc.)[4]sont strictes à ce sujet mais dans le cas précis, on voit que dans le cas de Lac Kivu, et tenant compte de la proximité, certaines normes ne sont pas applicables mais au nom de la circulation des personnes et de l’importance des activités sur le lac Kivu, les deux Etats devraient harmoniser les normes de circulation de manière bilatérale dans le cadre de la CEPGL, cette institution sous régionale devrait apporter son expertise dans ce dossier afin de faciliter els échanges entre les deux peuples ; d’harmoniser les normes de pêche dans le lac Kivu et des règlementer la circulation de sorte que la pêche soit celle de cohésion et non de tension.

 

Echanges transfrontaliers pour la paix et mitigation des violences

Depuis 2015, des activités se font dans certaines zones comme Birava, Ishungu, Nyamasheke, Nkombo Nyamasheke et Bukavu. Ce sont des formations, débats et échanges transfrontaliers entre les pêcheurs congolais et Rwandais, des leaders congolais et Rwandais y compris des autorités congolaises et Rwandaises.[5]L’objectif est de ramener les pêcheurs, les populations et les autorités à comprendre que le lac est un espace de connexion et non un espace des tension mais aussi de rassembler les parties aux confits et discuter avec elles sur les conséquences des confits ou des tensions. Ces débats ont produit des effets car ces derniers temps, du côté de Birava, Ishungu et Lugendo, on n’a pas enregistré des cas de tueries ou d’expropriations de filets et que des pêcheurs travaillent ensemble sur des cas de vols de filets. Avec des actions des plaidoyer qui se font, les différentes prises de consciences de ces problèmes, les pêcheurs, les autorités, les associations qui considèrent que le Lac est leur « espace vital » est une nécessité dont les actions ont produit des impacts positifs sur le terrain. Il faut trouver des solutions et rendre une pêche de tension en pêche de cohésion car cet espace est frontière visiblement mais en réalité, selon l’histoire, ces espaces ne sont pas des frontières car ils sont des couloirs des échanges entre les deux peuples qui ne sont jamais séparés. Ces activités interviennent dans le sens de changer les attitudes des pêcheurs, des populations et des autorités lacustres envers les problèmes régionaux sur la pêche et la cohésion des populations car le lac facilite les deux peuples et les connecte ensuite pour des échanges et la communication.

 

Conclusion

Les tensions et conflits constatés entre les pécheurs congolais et Rwandais d’une part et les pêcheurs et policiers de frontière ou affectés à la surveillance de la sécurité sur le Lac interviennent à la suite de la conception erronée de la part des pêcheurs congolais qui n’ont pas de notions sur les limites entre les Etats; de l’applications des réglementation de deux Etats sur leurs espaces maritimes sans tenir compte de la complexité et de la confusion qui règne quand les pêcheurs sont dans le Lac pendant la nuit et aussi de l’utilisation des outils des pêche dont certains appliqués en RDC par contre interdits au Rwanda. Le fait de ne pas observer ces règles, de ne pas suivre ces instructions font parfois que les pêcheurs congolais se voient arrêter, ravir les filets mais aussi des pêcheurs Rwandais sont des sujets des tir des polices des frontières congolaises sur le Lacs à certains égards. Par ailleurs, conscient de cette question voulant rapprocher les communautés à vivre ensemble, pratique une pêche de cohésion, restaurer les relations entre le communautés vivant de part et d’autre de ce lac, il est important de travailler avec les parties en conflit, les amener à prendre conscience d leurs intérêts communs et de changer des attitudes envers eux mais aussi de mener des actions pour gérer et transformer ces conflits. Ce qui laisse à croire que si les autres structures comme le CEPGL voudraient travailler ensemble dans le but de promouvoir une pêche de cohésion, et aider les Etats à harmoniser les normes des pêches, de circulation sur des espaces maritimes à confusion, la pêche de cohésion sera d’une grande utilité pour la RDC et les Rwanda y compris les pêcheurs.

 

Josaphat Musamba Bussy est chercheur au Groupe d’Etudes sur les Conflits et la Sécurité Humaine (GEC-SH) du CERUKI/ISP-Bukavu et Chef de Travaux à l’Université Simon Kimbangu de Bukavu. 

 

[1]Communication personnelles avec Godefroid Muzalia. Ces espaces ne sont pas de limites ou des frontières seulement mais des frontières – espaces d’échanges entre populations car den lisant l’histoire des peuples entre les deux Etats, les communications se faisaient sans problèmes et des échanges aussi.

[2]Convention de Nations Unies sur les Droits de Mer signé à Montego Bay le 10 Décembre 1982.

[3] Boniface Kaningini est biologiste aquatique et professeur à l’ISP Bukavu, initiateur d’un projet de pêche dans le but de rendre service à la communauté. Ainsi, il expérimentait avec des filets maillants à partir de Japon et créa la coopérative COOPEFIMA (« coopérative des pêcheurs au filets maillants »)

[4]Convention de Nations Unies sur les Droits de Mer signé à Montego Bay le 10 Décembre 1982

[5]Certaines de ces formations s’inscrivent dans le travail de l’ONG La Benevolencija, pour laquelle l’auteur a travaillé en tant que chercheur.

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